Fermeture du marché central de Pô : Le plan B des commerçants


La mairie de la commune de Pô, en vue de prévenir la pandémie du Coronavirus (COVID-19), a pris des mesures de lutte dont la fermeture du marché central à compter du vendredi 27 mars dernier. Toutefois, pour la « survie » de certains commerçants et vendeurs, un site est aménagé. Un constat fait, le jeudi 2 avril 2020.


De prime abord, c’est un marché vidé de son monde comme d’autres lieux de vente au Burkina Faso. Des serrures aux quatre portails, le marché central de Pô est désert. Cause, la mairie de la commune, pour combattre la pandémie du Coronavirus, a pris des mesures de lutte notamment, la fermeture du marché à compter du vendredi 27 mars passé.
Cependant, pour survivre, les usagers du marché ont trouvé un second plan.
Jeudi 2 avril 2020, il est 11heures. Contre toute attente, des vendeuses de légumes notamment les tomates, les choux et les oignons, des tables bourrées de condiments, des poissonneries ouvertes et des bouchers hachent de la viande. Les artères de l’ancien marché de la volaille logeant le mur de la SONABEL sont prises d’assaut. Sur la rive droite du goudron, des coiffeuses installées, des vendeurs de friperies ainsi que des vendeuses de la farine se partagent l’espace. Des hangars de pailles, de tentes et de tôles, des parapluies plantés par-ci et par-là, certains sous le soleil sur des tabourets ou sur des sacs vides devant leurs expositions. D’autres, par contre portent leurs produits sur la tête ou dans des pousse-pousses à la recherche de la clientèle.

Le « nouveau marché » est grouillé de monde. Les habitudes du marché central restent inchangées.
Asséta Aminakoara, une vendeuse de condiments, des gangs aux mains avec un cache-nez, assise sur un tabouret, révèle que l’installation a été autorisée par la municipalité. Entourée de ses voisines vendeuses, la cinquantenaire explique qu’après la fermeture du marché, une délégation est allée solliciter les autorités municipales afin de pouvoir vendre les produits périssables. D’un air abattu, elle souligne que ne pouvant pas « survivre » sans vendre, elles sont venues aux premières heures de la fermeture s’installer de « façon anarchique » sur des sacs vides de maïs afin de pouvoir écouler leurs produits.

Dame Asséta Aminakoara a pris ses précautions pour combattre le COVID-19

Et comme l’occupation de la zone ne respecte pas les consignes sanitaires édictées par le ministère de la Santé, « la police municipale est venue tracer à base de la cendre des portions avec une distance d’au moins deux mètres à occuper ». Cette opportunité offerte par la mairie leurs permet d’engranger quelques ressources afin de trouver de la pitance pour les familles. «Le premier jour (ndlr : Le 28 mars), je suis restée à la maison pour vendre. C’est seulement 600 francs CFA que j’ai eu comme recette. Ce qui est insuffisant pour nourrir la famille », relate-t-elle. Toute triste, dame Aminakoara indique que la décision de fermer le marché a un poids sur les activités commerciales. Elle propose que le bourgmestre de Pô et ses collaborateurs trouvent des mesures d’accompagnement aux familles. A défaut, « la mairie doit désinfecter le marché pour que nous reprenions dans un délai raisonnable nos commerces ». Elle invite les vendeurs et les commerçants aux respects desdites décisions. « Moi, j’ai du savon et de l’eau à la possession de mes clients. Que les autres adoptent la même chose pour éviter la maladie à Pô », exhorte-t-elle.


Ousmane Korabou, boucher de la trentaine, confirme que c‘est après le feu-vert de la mairie qu’ils se sont installés dans le site. Contrairement à dame Aminakoara, M. Korabou est sans aucune mesure de protection tels que les récipients de lavage de main, ni de cache-nez. La distance requise par la mairie est irrespectée. « Comme, il n’y a pas d’affluence au niveau de la vente, c’est pourquoi, nous sommes restés indifférents », se défend-t-il. Conscient de la dangerosité du Coronavirus, il salue les mesures prises. Néanmoins, il s’offusque contre l’absence d’aide aux populations vulnérables. « Il y a des gens, lorsqu’elles ne vendent pas, leurs familles ne mangeront pas. Il devrait avoir de l’accompagnement financier ou alimentaires à ces foyers », dit-il. A l’arrivée d’une cliente, monsieur Korabou s’occupe de sa vente. L’acheteuse insatisfaite, car n’ayant pas eu la viande, prise sa route.


Ousmane Korabou

Et sieur Korabou de reprendre son argumentaire. Poussant un sourire-triste, il rappelle qu’à force de lutter contre la pandémie, la faim risque de créer des effets néfastes. « La mort c’est la mort. L’on peut mourir de la maladie. Mais, sans rien à manger, l’on mourra également de la faim », s’indigne le boucher.


La présidente des vendeuses de condiments du marché centrale de Pô, Abiba Tiétiembou fait savoir que la fermeture est un « mal nécessaire ». « Même s’il y a un impact sur les recettes des vendeuses, la fermeture permettra de lutter contre la propagation du virus lorsqu’un cas s’avèrerait », clame-t-elle.

Le site dans lequel les vendeurs sont installés, même s’il comporte des risques, contribuerait à combattre le virus et à soulager les populations. « Là où nous sommes, c’est un peu écarter des populations et l’installation respecte la distance requise », argue la présidente.
Le Burkina Faso, à la date du 2 avril, compte 288 cas confirmés, 50 guérisons et 16 décès, selon la coordination nationale de la réponse à la pandémie de COVID-19.


Des vendeuses de légumes frais sous le soleil

Le chef de l’Etat dans son message à la nation a prévu le don de vivre aux personnes vulnérables des marchés et yaars et invite les exécutifs locaux à faciliter l’accès des ménages aux produits frais de consommation courante. Toutefois, la province du Nahouri est jusque-là épargnée du mal.

Frank POUGBILA &
Yasmine OUEDRAOGO( Djaminews.wordpress.com)

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