Embouteillage au carrefour du barrage de Tanghin Une opportunité commerciale pour les marchands ambulants

Le carrefour du barrage de Tanghin est reconnu parmi tant d’autres dans la ville de Ouagadougou pour ses embouteillages récurrents. Ce phénomène, décrié par certains, est pourtant une occasion de commerce pour les vendeurs ambulants. Nous avons passé un moment auprès d’eux, le mardi 19 novembre 2019. Reportage!

Ajouter Karim et ses amies  paient leurs  fournitures scolaires à travers leurs ventes légende

 
             

Le trentenaire bien révolu, Idriss Ouédraogo tente de se faire un passage entre un véhicule de couleur grise, marque « V8 » et une moto blanche « sirius ». C’est sur la route devant le collège protestant de Ouagadougou, passant par le barrage de Tanghin en allant vers la centrale de la SONABEL, au centre-ville. Comme d’habitude, l’homme à la barbe peinte en orange, pantalon et chemise noirs est à son lieu de vente. Il tient dans ses mains deux cartons de lotus et six sachets contenant du citron. Tout souriant, il se dirige vers ses potentiels clients qui viennent de faire arrêt au feu tricolore. «  100 francs, 500, 100 francs, 500 », s’adresse-t-il aux passagers, en chantant. Sorti bredouille, Ouédraogo garde le moral haut. Des vas-et-viens, d’une intersection à une autre à la quête d’acheteurs, le vendeur vient de déclencher une course vers un motocycle qui essaie de serrer aux abords du goudron. Après, une minute d’échanges, un consensus a été trouvé et il livre son produit. « Il a pris les deux  lotus qui me restaient dans les mains sans discussions», explique-t-il, tout joyeux. Avec son expérience du métier puisque présent sur cette route, il y a plus de sept ans, le père d’un enfant de neuf ans sait qu’il va écouler le reste de ses ventes. « Les gens me connaissent beaucoup ici. Et comme, il y a cette confiance, il achète chez moi pour la plupart. Je vais tout vendre avant de renter », rassure Ouédraogo.  Tout comme lui,  Karim (nom d’emprunt), un bachelier en attendant le début de ses cours à l’université de Ouagadougou, veut se faire quelques « sous ». Ses  trois sachets de citrons qui lui restent à mains, il espère les livrer avant le coucher du soleil. Filant entre les engins, le jeune homme de la vingtaine a été interpellé par une dame dans sa voiture. Une brève conversation entre eux, le vendeur ambulant retourne nerveux. « Elle dit qu’elle veut pour 250 francs pourtant on ne m’a attaché que pour 500. Quand je lui ai dit que je n’en ai pas, elle s’est plaint car pour elle j’aurais pu diviser pour 500 là », narre-t-il, d’un ton remuant. Le marché est à pas de tortue, cependant les chiffres d’affaires sont bons. « Par jour, je peux rentrer avec environs quatre  à six mille francs CFA. Pour moi, ça m’arrange », laisse entendre Karim.
Un travail qui nourrit son homme
 Dramane Moyenga, assis, adossé sous le tronc de l’arbre d’un acacia, le cinquantenaire  bien sonné,   fait savoir qu’il a construit grâce à ce métier et employé des jeunes pour le soutenir dans la vente des citrons. Un travail mal vu mais qui nourrit son homme. « Quand tu dis, tu es vendeur de citron au bord de la route, on te voit comme un idiot à Ouagadougou. Et pourtant, moi, j’ai créé une entreprise autour de ça. J’importe le citron du Ghana », confie-t-il. Pour les jeunes revendeurs, le bénéfice est fonction du nombre de sachets vendus. Pour un bon revenu journalier, il faut supporter des risques. « Sur un sachet de 500, l’on a 125 francs comme gains. C’est pourquoi, on encaisse tantôt des injures des passagers mais on n’a pas le choix », regrette Karim. Nombreux de ces vendeurs ambulants, au-delà d’écouler les produits de quelqu’un tout en espérant un rendement, se créent eux-mêmes des ouvertures d’affaires. Asmad Rapademnaba tient d’une main un carton de lotus et de l’autre une pancarte taillée en bois et colorée en rouge, noire et blanche, dont est écrit : « Recharge Sap-Sap, orange, mobicash, telecel flash ».
                                             
Asmad Rapademnaba: « On appelle les autorités à créer des emplois pour nous les jeunes qui se battent pour survivre »
La vente des unités lui est bénéfique. « En deux ans de travail, j’ai acheté une moto», argumente-t-il, assis sur sa moto de marque « Kaizer néo ». Les yeux embués de larmes, M. Rapademnaba se rappelle de son petit qui s’est fait écraser en 2012, par un camion sur cette route, alors qu’il traversait pour vendre.  Abasourdi par les souvenirs,   il baisse la tête et sort de sa poche des lunettes noires, qu’il porte. « Ça fait mal de braver tous ces risques juste pour gagner son pain, du moment où les gens en n’ont l’argent en quantité mais n’aident pas les jeunes », argue le vendeur d’unités.
Frank POUGBILA
kenzopougbila@gmail.com

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