Les larmes des veuves des FDS

Le 4 avril 2015 à Djibo dans la province du Soum, le Burkina Faso a vécu sa première attaque terroriste. Un
coopérant roumain a été enlevé, un agent de sécurité a été tué et un gendarme blessé. Avec le temps, les attaques
ont augmenté en nombre et en intensité et gagné presque tout le pays. A la date du 16 juin 2019, une source
documentaire qui cite un bilan officiel du ministère en charge de la défense nationale fait état de 283 attaques
terroristes, dont 103 dirigées contre les Forces de défense et de sécurité (FDS), tuant 143 soldats et blessant 157
autres. Ces soldats, piliers de leurs familles, tombés sous les balles assassines des agresseurs, ont été brutalement
arrachés à leurs épouses, enfants, pères et mères, amis, proches ainsi qu’à leurs frères d’armes. Les veuves de ces
soldats tombés au front sont pour la plupart, très jeunes et sans emplois. Contraintes de s’adapter à leur nouvelle
situation non reluisante, elles vivent dans la précarité.

Le 25 janvier 2019, le
cercle des célibataires des
Forces armées nationales
(FAN) du Burkina Faso s’est
réduit avec le mariage de
Halassane Coulibaly, un
médecin-militaire. Une union
religieuse et coutumière scel-
lée avec Mlle Aglagbo Améyo
Isabelle, à Lomé au Togo,
pays d’origine de la mariée.
Le 30 janvier, c’est-à-dire 5
jours après leur union, Halas-
sane Coulibaly a publié sur sa
page Facebook, plusieurs pho-
tos de l’heureux évènement.
Dans les images, le couple en
groupe ou en duo était joli-
ment habillé en tenue tradi-
tionnelle. Certaines photos ont
même été prises à la plage. A
peine postées, ces publications
ont recueilli une pluie de com-
mentaires élogieux. «Waouh,
quel beau couple!!! Vous êtes
tous simplement superbes.
Qu’Allah bénisse votre union,
qu’il soit le socle de votre
foyer et qu’il vous donne beau-
coup d’enfants bénis. Bisous à
vous!», s’exclame par
exemple Arline Pascale
Amoussa, sur Facebook. «Il
n’y a rien à dire de plus mon
champion. Les images ont tout
dit. Que le Tout- puissant vous
protège et vous assiste partout.
Encore félicitations», ajoute
de son côté Yaya Bancé.
Quelques jours seulement
après son mariage, pendant
que les félicitations conti-
nuaient de pleuvoir sur sa
page Facebook, Halassane
Coulibaly quitte sa bien-aimée
pour rejoindre son poste à
Djibo, chef-lieu de la province
du Soum, dans la région du
Sahel. Cette ville, située à
plus de 200 km de la capitale,
est l’une des zones du pays les
plus touchées par les attaques
terroristes. Le 14 février 2019,
jour de la St-Valentin, le sous-
lieutenant Coulibaly tombera
dans un piège assassin des ter-
roristes à Djibo, l’arrachant
brutalement à sa douce moitié,
un jour où le monde célébrait
l’amour. Ce jour, son assistant
et lui examinaient un corps
sans vie trouvé dans la locali-
té. Un corps d’un individu
habillé en tenue officielle des
forces armées burkinabè que
les terroristes avaient piégé.
Sept mois après la disparition
tragique de Halassane, l’émo-
tion est toujours vive dans la
famille Coulibaly à Bobo-
Dioulasso où vit sa veuve.
Toutes tentatives de rencontrer
la famille et la veuve sont res-
tées vaines depuis le 2 sep-
tembre 2019. Car, onze jours
plus tard, un proche du défunt
avoue que la famille ne sou-
haiterait pas en parler. «J’en
ai parlé au papa. Il m’a signi-
fié que ce qui est fait est fait.
Rien ne pourra ramener son
fils à la vie, donc il n’a pas de
mots à ajouter. Qu’est-ce
qu’on pourra nous donner qui
va nous soulager de cette dou-
leur ou de cette perte-là ?
Rien. On s’en remet à Dieu
seulement. De toutes les
façons, nous ne sommes pas la
seule famille», dit la source
tristement, la voix toute
rouée. La famille Coulibaly
n’est pas la seule à pleurer la
perte d’un fils soldat tombé
sur le champ d’honneur. Le 29
janvier 2018, la famille Soula-
ma à Banfora a perdu son fils,
Karim Soulama, assistant de
police, lors d’une attaque à
Baraboulé, dans le Soum.
Neuf mois après, la famille est
toujours sous le choc. Dans la
nuit du mardi 1er octobre
2019, c’est une mère, une
épouse et un petit frère, tous
tristes qui nous reçoivent à
leur domicile au secteur n°4
de Banfora. «C’est difficile.
C’est douloureux et nous ne
pouvons que prier pour le
repos de son âme», avoue
impuissamment son frère
cadet. Même désolation chez
la mère qui a perdu le pilier de
la famille. Il était le seul de ses
trois enfants à avoir un
emploi. Pour venir en aide à la
famille, le benjamin compte
désormais sur les concours
directs de la Fonction
publique, session 2019. Pen-
dant que sa belle-mère et son
beau-frère parlent, Kadi
Héma, 26 ans, la veuve du dis-
paru, a le regard cloué au sol.
Les mots peinent à sortir de sa
bouche. «Les filles savent que
leur père ne vit plus parce
qu’elles ont tout suivi le jour
de son inhumation à Ouahi-
gouya», explique-t-elle avant
de faire savoir qu’elle attend
les résultats du test d’intégra-
tion des enseignants du pri-
maire.
Plus d’une centaine
de veuves et d’orphelins
A Bobo-Dioulasso, une autre
famille, la famille P. a été éga-
lement endeuillée. Leur fils,
O. P., assistant de police, nou-
vellement affecté à Titao, a été
tué dans une attaque armée
dans la zone. Sa veuve, Antou
(nom d’emprunt), a trouvé
refuge à Kilwin, un quartier de
Ouagadougou. Agée de 25
ans, elle vit avec ses trois
enfants (un nourrisson de 18
mois, une fillette de 4 ans et
son fils aîné, 7ans) dans une
chambre-salon qu’elle loue à
7500 FCFA le mois. «Ses
chaussures et ses tenues sont
toujours dans la chambre et
j’espère toujours le revoir»,
dit-elle avant de fondre en
larmes. Après un long soupir,
elle se résigne. «C’est difficile
d’attendre quelqu’un qui n’ar-
rivera pas. C’est trop dur».
Mathilde (nom d’emprunt)
connaît aussi cette douleur liée
aux actes terroristes. Elle a
perdu son époux, un sous-offi-
cier de la gendarmerie, tué au
cours d’une attaque dans le
Sahel, au début de l’année. La
veuve, qui a requis l’anony-
mat, réside actuellement avec
ses trois enfants, âgés de 10, 7
et 4 ans dans une maison deux
pièces en zone non lotie dans
la périphérie de Ouagadougou.
Un logement construit par son
époux, il y a quelques d’an-
nées, pour les mettre à l’abri
de l’insécurité qui règne dans
la province où toute la famille
vivait «Ce n’est pas du tout
facile. Vivre avec quelqu’un
pendant tant d’années et un
moment donné tu entends qu’il
n’est plus là. Ça fait vraiment
mal», soupire-t-elle. La même
douleur et le même vide sont
toujours présents chez la
veuve d’un autre officier mili-
taire, tué dans la capitale en
2018. Mère de trois enfants,
elle ne s’en est pas encore
remise. «Je vais mal et les
enfants aussi ainsi que la
belle-famille», confie-t-elle
tout en demandant l’anony-
mat. La liste est longue. Elle
est même très longue : des
centaines de soldats tués, plu-
sieurs centaines de veuves et
d’orphelins et les attaques
contre les FDS continuent.
Partis sans laisser
de progéniture
Dans cette longue liste figu-
rent, les noms des huit soldats
du détachement de Baraboulé,
tombés à la suite de l’explo-
sion de leur véhicule lors
d’une mission de ravitaille-
ment, le 26 septembre 2019 à
Baraboulé. Ce sont : le Ser-
gent Moussa Diallo de la
Garde nationale, 52 ans, deux
veuves et six enfants ; le Ser-
gent Souleymane Sanou de
l’ENSOA, 33 ans, une veuve,
9 enfants ; Achille Bamouni
du 31e Régiment d’infanterie
commando, 32 ans, une
veuve ; le Caporal Moussa
Karambiri du 30e Régiment
de commandement d’appui et
de soutien, 29 ans, un orphe-
lin ; le Caporal Boureima Toé,
du 30e Régiment de comman-
dement d’appui et de soutien,
33 ans, une orpheline ; le sol-
dat de 1re classe Pawendkisgo
Aloïse Congo, du Régiment
de commandement d’appui et
de soutien, 35 ans, 5 enfants ;
le soldat de 1re classe Sayou-
ba Ouédraogo, du 30e Régi-
ment de commandement d’ap-
pui et de soutien, 26 ans et
Julien Guigemdé, 29 ans, éga-
lement du même régiment
sont «partis avec leurs noms».
Ceci pour dire qu’ils sont
morts sans progéniture. Avec
ou sans enfants, mariés ou pas,
tous ces militaires inhumés à
Oufré, à Ouahigouya, région
du Nord, dans la soirée du
vendredi 28 septembre 2018,
laissent un vide. Des dispari-
tions qui ont arraché des fils à
leurs mères et pères, des
époux à leurs épouses, des
compagnons à leurs com-
pagnes et des pères à leurs
enfants. Combien d’orphelins
et de veuves ont-il laissé der-
rière eux ? Difficile d’avoir
une liste exhaustive. Car
depuis 2015, le Burkina Faso
fait face à des attaques terro-
ristes récurrentes, avec une
sévérité dans le Sahel, le Nord
et le Centre-Nord et avec pour
principales cibles, l’adminis-
tration, les leaders religieux et
coutumiers. Les FDS, en pre-
mière ligne de ce combat,
paient le plus lourd tribut. Une
source documentaire qui s’ap-
puie sur un bilan officiel du
communiqué du ministère de
la Défense nationale et des
Anciens combattants révèle
que le pays des Hommes
intègres a enregistré 283
attaques, depuis la première
perpétrée le 4 avril 2015 jus-
Attaques terroristes au Burkina
Les larmes des veuves des FDS
Le 4 avril 2015 à Djibo dans la province du Soum, le Burkina Faso a vécu sa première attaque terroriste. Un
coopérant roumain a été enlevé, un agent de sécurité a été tué et un gendarme blessé. Avec le temps, les attaques
ont augmenté en nombre et en intensité et gagné presque tout le pays. A la date du 16 juin 2019, une source
documentaire qui cite un bilan officiel du ministère en charge de la défense nationale fait état de 283 attaques
terroristes, dont 103 dirigées contre les Forces de défense et de sécurité (FDS), tuant 143 soldats et blessant 157
autres. Ces soldats, piliers de leurs familles, tombés sous les balles assassines des agresseurs, ont été brutalement
arrachés à leurs épouses, enfants, pères et mères, amis, proches ainsi qu’à leurs frères d’armes. Les veuves de ces
soldats tombés au front sont pour la plupart, très jeunes et sans emplois. Contraintes de s’adapter à leur nouvelle
situation non reluisante, elles vivent dans la précarité.
Que vais-je devenir
avec mes enfants
sans mon mari?
Bon Dieu!

«Mystère autour
des statistiques»

Dans ce bilan, aucune mention
des veuves et orphelins. Mais
une source proche du dossier
parle d’une centaine de
veuves, côté militaires dans
les mois de juillet- août. Pour
en savoir davantage sur les
statistiques, nous avons enta-
mé plusieurs démarches à plu-
sieurs niveaux. D’abord
auprès de la Direction généra-
le de la Police nationale qui a
refusé de se prononcer sur
cette question, malgré nos
multiples relances. La même
correspondance a été déposée,
le 29 septembre à l’Etat-major
de la gendarmerie. Le vendre-
di 13 septembre, un monsieur
au niveau du cabinet nous ras-
sure au téléphone : «Le dos-
sier est en étude. On va vous
appeler quand ça sera fait».
Conséquence, plus besoin
d’insister. Jusque-là, le dossier
semble toujours en étude. Le
29 août, un autre courrier est
déposé à la Direction générale
des douanes. Après plusieurs
tentatives vaines pour contac-
ter le directeur de communica-
tion, Frédéric Zida, nous nous
rendons à la direction de la
douane dans la matinée du
vendredi 27 septembre 2019.
Au service courrier, un agent
nous remet un bout de papier
avec mention n°2578 du 26
août 2019 et nous oriente vers
le cabinet du directeur général
où le secrétaire particulier de
celui-ci, Ousmane Nikièma,
dit avoir vu la correspondance
et que le dossier a traîné parce
que le «boss» était en congé
hors du pays. Ensuite, il passe
plusieurs coups de fil à plu-
sieurs services mais aucune
trace de la correspondance.
Après une trentaine de
minutes d’attente, nous effec-
tuons un tour au service de
communication. Là, le direc-
teur nous rassure que le dos-
sier est à son niveau. «Il y a à
peine trois jours, je l’ai même
fait sortir et je voulais t’appe-
ler pour comprendre davanta-
ge», dit-il, très pressé pour rat-
traper une réunion en cours. Il
suggère alors de lui faire un
message pour lui laisser notre
contact qui, pourtant, figure
sur la demande d’interview.
Ici aussi, nous attendons tou-
jours l’appel.

Que cache l’armée ?
A l’Etat-major général des
armées, c’est le même calvaire
pour avoir des chiffres cré-
dibles sur le nombre de veuves
et d’orphelins laissés par les
militaires disparus. Là, nous
avons fait des pieds et des
mains, pour avoir des rendez-
vous infructueux. Les deux
premiers, le mardi 17 et le
jeudi 19 septembre 2019. A ce
second rendez-vous, notre sur-
prise, l’interview est transfor-
mée en une séance de travail :
journaliste, chargé de commu-
nication et technicien du servi-
ce social. La raison selon la
direction de la
communication : mieux se
préparer pour répondre aux
préoccupations posées. Une
double copie du questionnaire
est faite et le lieutenant Noël
Ouédraogo promet de nous
revenir. Ne voyant rien venir,
nous le contactons à nouveau,
le mercredi 25 septembre. Il
promet de nous revenir en
nous rassurant de la pleine
collaboration de l’armée. Le
30 septembre, le service de
communication nous fixe un
autre rendez-vous pour le ven-
dredi 4 octobre. «Vous aurez
votre interview le vendredi»,
annonce-t-il, avant de deman-
der de l’appeler avant pour
l’heure. Ce que nous avons
fait avec insistance mais sans
suite de sa part. En plus des
autorités militaires et civiles,
la coordination des associa-
tions des épouses des mili-
taires a été saisie. Le 8 sep-
tembre, la présidente, Bibata
Zida, contactée par téléphone,
dit être favorable mais préfère
informer d’abord le comman-
dement militaire. Là aussi, il
n’y aura plus de suite malgré
nos multiples relances. Pour-
quoi tant de mystère autour
d’une question qui relève de
l’intérêt général ? L’armée, la
police et la douane semblent
faire de la prise en charge des
veuves et orphelins des FDS
victimes d’attaques terroristes,
un secret d’Etat ou un secret
défense. Toutefois, des
sources proches des dossiers,
sous anonymat, annoncent
qu’à la date du 29 septembre,
au niveau de la Police nationa-
le, ce sont 25 policiers, (trois
officiers et 22 sous-officiers)
qui sont tombés à la suite des
attaques. Ils laissent derrière
eux 11 veuves, 29 orphelins et
orphelines. Ces épouses, géné-
ralement très jeunes et les
enfants pour la plupart
mineurs, dont certains âgés
d’un à sept ans, se battent
comme ils peuvent à l’absence
du chef de famille. Sans
emploi, Antou, la veuve de
l’assistant de police, envisage
reprendre ses études en classe
de 4e. Mais ne dispose pas
d’une aide ménagère. Son fils,
malentendant, est en classe de
CP1 dans un établissement de
la place. Elle doit l’y conduire
chaque matin et le ramener le
soir. Même si l’établissement
dispose d’un bus et d’une can-
tine au prix mensuel de 11 000
F CFA, la veuve ne dispose
pas de cette somme. Néan-
moins, en attendant de trouver
un internat pour son fils, après
de multiples sacrifices, elle a
réussi à mobiliser 11 000 F
CFA pour que son fils puisse
emprunter le car de l’école et
bénéficier de la cantine pour le
mois d’octobre. Elle va consa-
crer ce temps à la recherche
d’un emploi. Devenue par la
force des choses, chef de
ménage, la jeune femme a
déjà touché à tout. Pour avoir
aidé une dame à vendre ses
oignons, elle connaît tous les
passages du marché de Tam-
pouy. «Avec mon enfant au
dos, je vendais les oignons
d’une femme à raison de 300
ou 600 F CFA par jour»,
explique-t-elle. Une activité
qui l’obligeait à se réveiller
chaque fois à 4 heures du
matin. Après ce travail, Antou
a aussi vendu des oignons à
son compte, des gâteaux, de
l’eau glacée et du jus grâce au
réfrigérateur de seconde main
que son époux lui avait acheté.
Mais à cause des pannes
récurrentes du réfrigérateur,
elle a dû se résigner à trouver
un autre boulot, cette fois dans
une boutique de transfert d’ar-
gent. Mais le jour où elle y est
allée avec son fils malenten-
dant et très turbulent, son
employeur l’a remerciée en lui
remettant 7500 F CFA. Le cas
de Antou n’est isolé. Elles
sont nombreuses, les veuves
des FDS qui font de petits
boulots pour joindre les deux
bouts. D’autres comptent sur
leur admission au test d’inté-
gration des enseignants du pri-
maire et aux concours directs
de la Fonction publique, ses-
sion 2019. Dans ce combat,
les veuves et leurs familles
peuvent aussi compter sur les
frères d’armes et promotion-
naires de leurs époux. Des
hommes réputés pour leur
solidarité de corps. «Sa promo
m’a remis une somme de
200 000 FCFA», confie t- elle.
«Sa promotion est venue
saluer la belle-famille avec
300 000 F CFA», renchérit
une autre. Quant à la famille
de l’assistant Karim Soulama,
ses promotionnaires l’ont
assistée avec la somme de
900 000 F CFA. En plus
des «promo», l’Etat également
a entrepris des actions. Antou
dit avoir reçu 300 000 FCFA
de la Direction générale de la
police et d’ajouter : «L’action
sociale nous a remis 250 000
F CFA, 8 sacs de 100 kg : 3
sacs de maïs et 5 sacs de riz ;
6 bidons d’huile de 5 litres
chacun et des fournitures sco-
laires». «Ses chefs sont venus
avec 2 995 700 F CFA. Nous
avons également reçu 6 sacs
de maïs, 3 sacs de riz, tous de
100kg, 6 bidons de 5 litres
d’huile, 2 cartons de savon
CITEC et 2 kits scolaires»,
détaille l’épouse de Karim
Soulama. Par ailleurs, elle a
révélé que le 16 septembre
dernier à Ouagadougou, elle a
eu une rencontre avec la
Caisse autonome de retraite
des fonctionnaires (CARFO)
qui souhaite prendre en charge
la scolarité des orphelins. La
veuve du sous-officier de gen-
darmerie tué dans le Sahel a
aussi reçu deux sacs de riz et 5
sacs de maïs de 100kg et la
somme de 300 000 F CFA de
la part de l’armée. Toutes les
veuves n’ont pas cette chance.
La veuve d’un militaire tué à
Ouagadougou, dit n’avoir
aucun contact avec la hiérar-
chie depuis la disparition tra-
gique de son époux. Selon
elle, elle n’a bénéficié d’aucun
soutien de l’Etat. Cependant,
elle avoue avoir reçu une
assistance de la part de
quelques structures qui lui ont
exprimé leur solidarité. Le 22
juillet 2019, une source proche
de la famille d’un militaire tué
au Mali, nous informe que sa
veuve et ses deux enfants
auraient été expulsés d’une
caserne à Ouagadougou où la
Jointe au téléphone, le dimanche 25 août 2019, la Directrice de la communication des
relations extérieures et de la presse (DCRP), la commissaire Minata Traoré nous demande
d’adresser une correspondance à la Direction générale de la police. Ce qui a été fait le
lendemain matin. Absente au poste ce jour, le suivi a été fait avec son adjoint, le commissaire
Apollinaire Kafando. Dès notre premier appel, il nous rassure que la demande a été transmise
au service du personnel pour avis et études. Par la suite, après plus d’une dizaine d’appels
sans évolution, celui-ci nous invite à passer au bureau, le vendredi 13 septembre peu avant
12h00. Décidée de faire le point à la directrice elle-même, le lundi 16 septembre, celle-ci,
après un coup de fil, nous informe que c’est un avis défavorable qui a été émis à notre
demande. Plus tard, le jeudi 19 septembre, une correspondance du Directeur général de la
Police nationale, Jean Bosco Kienou, est adressée au directeur des rédactions des Editions
Sidwaya. Arrivée sous le n°2019-005373/MSECU/DGPN/DP du 18 septembre 2019, voici la
substance : «Pour le moment, je porte à votre connaissance que les services en charge de ces
questions ne sont pas disposés à accorder une interview dans ce sens». Toutefois, poursuit-
il : «Je saisis l’occasion pour vous adresser mes encouragements dans votre volonté
d’accompagner les proches des personnels des forces de l’ordre et de sécurité».

famille logeait. Des ayants
droit ont déjà touché le capital
décès. A la Police nationale,
une dizaine d’ayants droit,
dont huit veuves, sont déjà
passés à la caisse. Une dizaine
de dossiers est en cours de
constitution. Mais ces aides
sont souvent source de pro-
blèmes pour les veuves. A
cause des querelles de succes-
sion dans la famille d’un autre
officier de gendarmerie, les
dossiers du défunt n’ont pas
encore été finalisés. «C’est la
belle-famille qui s’en occupe.
Et pendant que je suis en train
de pleurer mon mari, c’est
déjà des disputes en famille
autour de ses biens et de la
garde de ses enfants. J’ai peur
pour moi et mes enfants»,
s’inquiète la jeune veuve. La
veuve a été exclue de la liste
des ayants droit au prétexte
qu’avant de mourir, le défunt
n’a pas contracté de mariage
officiel. Par exemple, de
retour de l’inhumation de son
fils S. P., sa famille a obtenu
300 000 F CFA. Aussitôt reçu,
ils se disputent pour le partage
du gain, derrière un des
bureaux et ce, sous le regard
larmoyant de la veuve.
«Donne 50 000 F CFA à la
femme» ; «C’est mieux de lui
remettre 100 000 F CFA» ;
«Tu ne vois pas que nous
sommes nombreux ?» ; «Moi
je ne veux pas de l’argent de
la veuve et des orphelins», se
disaient-ils. Face à ce boucan,
ils ont été expulsés du service
par les éléments de la police.
Plus tard, c’est finalement
200 000 F CFA qui lui ont été
remis par la délégation. Beau-
coup de femmes se trouvent
dans le même cas et souvent,
les enfants nés hors mariage
sont exclus par la famille du
défunt. Les services de l’ar-
mée sont souvent informés de
ces cas, mais semblent impuis-
sants. Certaines femmes vic-
times de cette situation font
même partie du personnel de
l’armée. En de pareilles cir-
constances, les parents de
ceux qui souffrent de la perte
de leur progéniture souhaitent
plus de célérité dans le traite-
ment des dossiers. Certains
même, du fait des divergences
de vue, souhaitent que la hié-
rarchie des différents corps se
charge de la constitution des
dossiers pour ne pas peiner
davantage les orphelins, sur-
tout les élèves, en cette rentrée
scolaire.

Les 3 175 000 F CFA du
CFOP attendent toujours

Comme il fallait s’y attendre,
le politique n’est pas resté
silencieux. «Nous avons mon-
tré aujourd’hui qu’il ne suffit
pas de sortir marcher mais
plutôt marcher pour collecter
des fonds afin de venir en aide
aux Forces de défense et de
sécurité (FDS) ainsi que les
veuves et les orphelins des sol-
dats tombés», annonce Mous-
sa Zerbo, porte-parole de
l’UPC, lors de la marche de
l’opposition, du 29 septembre
2018 pour soutenir les FDS.
Près d’une année après cette
annonce médiatique, que
devient cet ambitieux projet
de l’opposition? «Le jour de la
marche, nous avons pu collec-
ter 738 700 FCFA et
2 436 300 FCFA tout au long
du mois qui a suivi», confie le
directeur de cabinet du chef de
file de l’opposition, Dieudon-
né Badini, le 21 septembre
2019, avant d’ajouter qu’au
total, les partis de l’opposition
ont pu mobiliser 3 175 000
FCFA. Pour M. Dieudonné,
«ce n’est pas grand-chose en
termes d’équipement, mais
cela pouvait servir à la prise
en charge des veuves et orphe-
lins». Un geste symbolique,
un acte de reconnaissance à
l’endroit des familles de ceux
qui se sont sacrifiés pour la
nation. Depuis plus d’une
année, l’opposition peine à
remettre la somme aux desti-
nataires. Selon le directeur de
cabinet du CFOP, à l’annonce
de leur action, les autorités au
pouvoir ont rejeté l’initiative.
L’opposition dit avoir deman-
dé au gouvernement la mise
en place d’un dispositif pour
permettre aux éventuels
volontaires d’y contribuer.
«Nous n’avons plus eu de nou-
velle jusqu’à ce que la part
contributive de l’Assemblée
nationale soit transférée de
façon globale et directement
aux FDS», déplore le porte-
parole de l’opposition. C’était
le 14 janvier 2019 avec 127
millions F CFA comme sou-
tien à l’effort de guerre dans la
lutte contre le terrorisme.
Déterminée à aller au bout de
leur acte, l’opposition est
revenue à la charge après l’at-
taque meurtrière du détache-
ment de Koutougou du 19
août, qui a fait 24 victimes
parmi les soldats burkinabè.
Cette fois, elle demande à ren-
contrer le Chef d’état-major
général des armées par corres-
pondance le 21 août 2019
adressée au ministre en charge
de la Défense nationale l’in-
formant que l’opposition vou-
drait rendre une visite au Chef
d’état-major général des
armées pour lui transmettre les
condoléances de l’opposition
et lui traduire sa compassion,
lui présenter son soutien et ses
encouragements dans ses
efforts menés pour la défense
de la patrie. Il a poursuivi que
l’opposition voulait saisir éga-
lement cette occasion pour
proposer la remise de son
appui financier. En retour, elle
a reçu une correspondance du
ministre de la Défense natio-
nale le 3 septembre 2019 qui
dit qu’«il serait mieux indiqué
que la visite s’adresse au
ministre de la Défense où la
possibilité d’y associer des
autorités de l’Etat-major
général des armées sera
appréciée». Naît alors un
ping-pong et jusqu’aujour-
d’hui, l’opposition n’a pas
encore adressé cette corres-
pondance au ministère de la
Défense. Pourquoi tant de pro-
blèmes autour des 3 175 000 F
CFA ? Pourtant des dons, les
ministères en charge de la
sécurité et de la défense natio-
nale en ont reçus. Le vendredi
12 octobre 2018, le président
de l’association Organisation
humanitaire et développement
(OHD), Sankara Hamadou, a
fait parler son cœur, en remet-
tant un million F CFA au
ministre de la Sécurité, Clé-
ment Sawadogo. Cette
somme, selon le donateur, est
destinée aux familles des vic-
times des attaques terroristes
et aux Forces de défense et de
sécurité. Elle a été répartie sur
place, soit cinq cent mille
francs à la Police de Titao et le
restant aux familles des 6 poli-
ciers tués le 22 octobre 2018
sur l’axe Sollé-Titao, «Nous
avons été attristés par ces
attaques odieuses», s’est
exprimé le président de la
commission de l’UEMOA,
Abdallah Boureima, le mardi
20 mars 2018 au ministère de
la Défense. Une compassion
appuyée par un chèque de 300
millions F CFA, pour soutenir
les familles des victimes et les
blessés. Pour une meilleure
prise en charge des ayants
droit des éléments des FDS
tombés au front de la lutte
contre le terrorisme, le Conseil
national de la Transition
(CNT) a adopté en 2015, la loi
n°062-2015, portant statut de
pupille de la nation. Le cha-
pitre II en son article 5 et 6
déclare éligibles au statut de
pupille de la nation, les
enfants de militaires, fonction-
naires de la police nationale,
municipale, la sécurité péni-
tentiaire, la douane, les eaux et
forêts, les sapeurs- pompiers
civils décédés des suites d’une
blessure du fait d’un acte
d’agression, survenu au cours
de l’accomplissement d’une
mission de guerre, d’une mis-
sion lors d’un conflit interne
ou d’une mission sur un
théâtre d’opérations extérieur ,
au cours de l’accomplissement
d’une mission de sécurité
publique, lors des séances de
formation ou d’exercice opé-
rationnel. Malheureusement, 4
ans après son adoption, cette
loi ne fait toujours pas objet de
décret d’application. En atten-
dant le décret sur les pupilles
de la nation, un autre décret
est appliqué. Il s’agit du décret
n ° 2 0 1 9 –
0140PRES/PM/MINEFID/M
FPTPS/MSECU/MJDHPC/M
EECCC/MDNAC du 18
février, portant modalités d’in-
demnisation des agents des
forces de la police nationale,
de la garde de sécurité péni-
tentiaire, des douanes ou des
eaux et forêts ayant subi des
préjudices dans l’exercice ou
en raison de l’exercice de ses
fonctions lors d’une attaque
terroriste. Ce texte prévoit une
somme forfaiture de 10 mil-
lions FCFA aux ayants droit
des FDS décédées. Au regard
de ce décret, une source
proche du dossier, au niveau
de la Police nationale, soutient
qu’à la date du 30 septembre,
12 dossiers d’indemnisation
ont été validés au niveau du
ministère en charge de l’éco-
nomie. 13 autres sont dans le
circuit et en voie d’être accor-
dés comme les premiers. Les
bénéficiaires attendent les
paiements à travers les fonds
de l’effort de guerre logés au
ministère de la Défense natio-
nale et des Anciens combat-
tants.
– Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com
Dans la nuit du lundi 27 janvier 2017, le commissariat de Baraboulé dans la province du
Soum a subi une attaque. Aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée mais, Kadi
Héma, l’épouse de l’assistant de police, adjoint au commissariat, en mission à Tongomayel,
a été touchée par une balle à l’épaule droite avec 3 mois de grossesse. «Les tirs ont
commencé vers 22heures les balles ont perforé les fenêtres et c’est là que j’ai été touchée»,
relate-t-elle avant d’ajouter «J’ai été conduite au Centre de santé et de promotion sociale
(CSPS) de Baraboulé, puis transférée au CMA de Djibo et évacuée plus tard au Centre
hospitalier régional universitaire de Ouahigouya où j’ai passé 10 jours». Le diagnostic
médical donne un nerf touché et «toute tentative d’extraction risque de paralyser voire
endommager le bras», confie Kadi Héma, toute désespérée. De retour à Baraboulé,
l’assistant de police Karim Soulama décide de mettre sa famille à l’abri, en l’envoyant chez
lui à Banfora. Malheureusement, il perdra la vie une année plus tard lors d’une embuscade
terroriste à Baraboulé au cours d’une mission de sécurisation du marché de ladite localité,
le 29 janvier 2018. Le diagnostic n’avait pas découragé le couple Soulama qui avait décidé
d’essayer la méthode traditionnelle. «Mon mari était sur le point de me conduire chez un
médecin spécialiste avant que le malheur n’arrive», dit-elle. Désormais résignée, Kadi,
laissée à son propre sort, essaie de vivre avec cette boule de plomb. «J’ai fréquemment
mal», se plaint-elle avant d’ajouter que pour calmer la douleur, elle se contente de
doliprane.
M.O
Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com

2 commentaires

  1. C'est dur et vraiment dur car mon mari est resté dedans le 09 septembre dernier en me laissant avec une fille de 3ans qui ne cesse de réclamer son papa .ell est très petite pour comprendre et cela rends les choses encore plus difficile

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