Sécurité routière : Porter le casque à moto protège des blessures les plus graves !

Si le sens de ce titre est évident, il ne semble pas que les usagers de moto au Burkina Faso appliquent ce mode de prévention très simple. Pourtant, près de la moitié des victimes d’accident de la route à Ouagadougou ont des blessures, parfois graves, à la tête. D’autres pays de la sous-région connaissent le même phénomène, au Mali ou au Niger par exemple, mais au Bénin la population de Cotonou est depuis quelques années convertie au port du casque. Pourquoi les Burkinabè usagers de moto refusent-ils de se protéger face aux très nombreux accidents ? En raison des prix des casques ? De la chaleur ? Pour préserver les coiffures des femmes ?

En Avril 2019 une équipe de chercheurs de l’IRD et de l’INSS/CNRST du Burkina Faso ont réalisé des comptages dans plusieurs lieux des villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Ils ont considéré différentes heures, différents jours et plusieurs quartiers. Au total, ils ont observé le passage de plus 22 000 motos dans les deux villes et ont compté le nombre de casques portés au total, par les hommes, par les femmes et combien de casques disposés sur les têtes étaient convenablement attachés.
Les résultats sont très inquiétants. Moins de 5 % des usagers de moto portent un casque. Le taux est de 6% à Ouagadougou et d’un peu plus de 2% à Bobo-Dioulasso. Parmi les usagers qui portent le casque, seulement 25% sont des femmes. Enfin, 17% des casques portés ne sont pas fermés ou disposés correctement sur les têtes. Notons que si Bobo-Dioulasso a un taux plus faible de port du casque, les usagers ont tendance à mieux le porter (8% ne le portent pas correctement).
Une autre étude montrait que 43% des victimes d’accidents admis à l’hôpital Yalgado étaient blessés à la tête. Plus inquiétant, les blessures très graves sont dans 63% des cas des blessures situées sur la tête. Dans ces conditions le port du casque apparaît comme la solution la plus efficace de prévention. Ni la protection des coiffures des femmes, et aucun autre prétexte comme la chaleur ou les troubles de la vision ou de l’audition ne pourraient être un motif pour ne pas porter le casque.
Reste la question du prix. Plusieurs gammes sont disponibles à Ouagadougou, inégales en qualité, mais la disponibilité existe. Chaque moto neuve est également vendue avec un casque. Le coût est parfois important pour les ménages les plus modestes, mais il reste inférieur au coût des soins et à l’éventuelle perte d’emploi en cas de conséquences graves d’un accident.
Une question importante demeure : comment convaincre les Burkinabè de protéger leur tête ?
Emmanuel Bonnet (IRD), Aude Nikiema (INSS/CNRST), C. Dagenais (Univ. de Montréal), V. Ridde (IRD)

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