Docteur Cyriaque PARE au sujet de l’évolution du média en ligne le Faso.net

 J’AI UN CHIFFRE D’AFFAIRE ESTIME DE 150 A 200 MILLIONS DE FRANC CFA PAR AN »

 Le jeudi 22 mars 2018, nous nous sommes rendues aux locaux du journal en ligne le Faso. Net ,  pour interviewer le Dr Cyriaque PARE enseignant chercheur en science de l’information et de la communication et fondateur du journal le faso.net. Nos questions portaient essentiellement sur le fonctionnement et le parcours du site.

DR cyriaque PARE dans son bureau

POUVEZ- VOUS NOUS PARLER DE VOTRE PARCOURS PROFESSIONNEL ? 
Dr Cyriaque PARE : J’ai d’abord commencé comme journaliste reporter aux éditions SIDWAYA en 1991, J’ai fait 4 ans. Et ensuite j’ai été affecté comme attaché de presse à la délégation générale à l’informatique qui est devenue par la suite le ministère en charge des technologies de l’information et de la communication , J’ai  fait deux ans là-bas  et ensuite je suis revenu à sidwaya comme journaliste mais surtout pour fonder un hebdomadaire qu’on a appelé à l’époque SIDWAYA Hebdo je crois que c’est en 1997 et je me suis occupé de cet hebdomadaire quelques mois jusqu’en 1998 ou j’ai été lauréat d’une bourse de la fondation Reuters.
L’agence Reuter a une fondation qui attribuait des bourses aux journalistes de pays en voie de développement. J’avais été sélectionné avec une mauritanienne pour bénéficier d’une bourse à l’université de bordeaux ce qui m’as permis de faire le 3e cycle, de faire un diplôme universitaire de recherche, un DEA , je me suis inscrit en thèse . Par la suite je suis rentré au Burkina en 2000 ou j’ai été nommé directeur de la communication du ministère chargé des relations avec le parlement en quelques mois, puis en octobre 2001 j’ai été nommé comme attaché de presse à l’ambassade du Burkina Faso à Paris ce qui m’avait permis de continuer mes recherches. J’ai fait 6 ans à l’ambassade et je suis rentré en 2007 j’ai travaillé un an comme chargé de communication, au ministère des affaires étrangères ensuite en 2009 j’ai été nommé directeur de la communication du 1er ministre et comme j’avais fait une thèse je voulais aller à l’Université  pour enseigner, j’ai fait ma demande par la suite je suis allé au CNRST  pour faire de la recherche ,je dois avouer que cela  me laissait plus de temps pour m’occuper d’autres choses notamment  de mon site ; j’ai passer le concours de CEFPI qui est devenu aujourd’hui ISTIC  et je suis sortie major de la promotion.

 QU’EST CE -QUI VOUS A MOTIVE A CREER LE FASO.NET ?
Dr C.P : Plusieurs choses d’abord le fait d’avoir été à la direction générale à l’informatique, cela m’as mis en contact avec le monde de l’informatique et depuis lors j’ai essayer d’allier informatique et information donc de travailler sur ces sujets. J’ai fait mon mémoire de DEA sur les médias en ligne. Il faut dire qu’au cour de mes recherches il y avait la nécessité d’avoir un temps d’observation sur l’évolution du secteur des médias au défit des nouvelles technologies et c’est en ce sens que j’ai crée mon 1er site en 1998 , qui s’appelait Mediafrique. C’était un site sur internet qui nous permettait   de suivre l’actualité des médias en ligne. Et par la suite j’ai rencontré un burkinabè en France qui s’intéressait à mon projet  , ensuite dans les échanges, il est né l’idée de créer un site d’information sur le Burkina. Un pays comme le Burkina qui n’est pas surtout connu à l’extérieur ; alors qu’avec un site web il suffit de donner l’adresse du site web et la personne qui est intéressée  suivra  l’actualité sur le Burkina. Donc il y avait ce besoin d’avoir une plateforme qui parle du Burkina et aussi d’avoir dans le cadre de mes recherches un observatoire pour suivre un peu l’évolution des médias en ligne, c’est ça qui a conduit à la création du 1er vrai site sur le BURKINA qui s’appelait BURKINET.COM. Ce site a été créé en 1999 je l’ai animé grâce à l’appui de mon partenaire technicien et informaticien jusqu’en 2003. Ce site a connu beaucoup de succès car il était devenu un peu comme un site institutionnel. Et quand il a eu la crise en côte d’ivoire, ou le Burkina était plus ou moins impliqué, ce site  a servi de plateforme pour relayer un peu les points de vue du gouvernement BURKINABE, au point que les gens ont cru que c’était un site du gouvernement et ça été attaqué à plusieurs reprises, finalement donc l’informaticien qui s’occupait  de la maintenance  a trouvé que  le travail le fatiguait et il a laissé tomber. Mais vu le succès, jetais intéressé à continuer une autre expérience donc j’ai approché un autre informaticien pour m’aider à créer un site :  c’est ainsi que le FASO.NET est né en octobre 2003 à paris.

Avec combien de Francs avez-vous démarrer ce projet ?
Dr C.P : Avec 60 euros environ ,je passais pratiquement tout mon temps ;  je me réveillais à 5h du matin pour mettre à jour le site qui était essentiellement constitué d’articles sélectionnés dans les médias burkinabè. Au début la stratégie éditoriale c’était de l’agrégation, c’était un peu comme une revue de presse d’articles sélectionnés sur les sites Burkinabè. Parce que en ce moment il y avait des sites Burkinabè. Les quotidiens comme sidwaya, l’observateur, le pays avaient leur site d’où j’exploitais un peu leur contenu et je produisais d’autres contenus en fonction des besoins de l’actualité et c’est comme ça que le site a fonctionné pendant des années en bénévole jusqu’en 2010 quand je suis rentré au Burkina, et après quelques années j’ai décidé de créer une société à responsabilité limité (SARL) pour professionnaliser la gestion du site. Donc la SARL a été créé avec un capital de 1000000 de FCFA avec quelques actionnaires puis on a commencé à recruter les premiers journalistes et mettre en place l’administration. Aujourd’hui Jai un chiffre d’affaire estimé de 150 à 200 millions par an.

 EST-CE QUE VOUS AVEZ RENCONTRE DES DIFFICULTES PARTICULIERES ?
Dr C.P : oui, dans ce genre d’initiatives il y’a beaucoup de difficultés.
Cela demande énormément de sacrifice parce que ce n’était pas le travail que je faisais en tant que tel. J’étais attaché de presse à l’ambassade donc j’avais un boulot à faire en plus je faisais mes recherches pour ma thèse en même temps je m’occupais de ce site-là. Cela  demande beaucoup de sacrifices et d’organisations ; ça demande aussi des moyens, je me rappelle en 2004 je crois , vu le succès même du site il y a eu un problème d’hébergement  ,j’étais hébergé avec une société amatrice, il avait tellement de visite que l’hébergeur a proposé  d’acheter un serveur et il y a eu un crash j’ai du écrire a des ambassadeurs, a plusieurs personnes puisque la plupart des ambassades du Burkina  à l’extérieur utilisaient ce site pour communiquer, pour un soutient ,le seul à l’époque qui a accepté de m’aider, est l’ambassadeur du Burkina qui était au états- unis a l’époque , Tertus ZONGO qui a été 1er ministre par la suite, avec qui j’ai travaillé ; c’est le seul qui a compris le bien-fondé de ce que je faisais, il y a eu d’autres personnes , mais je me suis heurté a beaucoup d’incompréhension. Même mon épouse ne comprenait pas très bien ce que je faisais car je passais l’essentiel de mon temps libre là-dessus, elle-même elle plaisantait à l’époque en disant que sa rivale est dans son salon puisque je travaillais sur mon ordinateur qui était au salon, il a fallu de la persévérance pour en faire quelque chose de viable.

LE SITE GENERAIT-IL DES FONDS DES LE DEPART ?
Dr C.P :Non pas du tout, le site ne générait pas des fonds, c’était du bénévolat. Il y a eu des gens quand même qui m’ont soutenu, des autorités  qui se sont rendu compte que c’était une initiative louable qui donnait une visibilité au Burkina sur internet. Si non le site ne générait pas de fonds jusqu’à ce qu’on crée en 2010 donc la SARL (société à responsabilité limité) pour professionnaliser la gestion.il y a eu quelques contrats et bien avant ça je commençais à expliquer à des entreprises la nécessité de communiquer sur internet. Je crois, L’ONATEL a été une des premières sociétés à accepter communiquer sur le site en établissant avec moi un partenariat pour diffuser des bannières et cela a incité à la mise en place d’une société éditrice pour professionnaliser parce que j’ai compris qu’il y avait des opportunités de rentabiliser le site.

NOUS SAVONS QUE LE DEBIT INTERNET EST FAIBLE AU BURKINA CELA NE CONSTITUE PAS UN OBSTACLE POUR VOUS ?
Dr C.P : c’est vrai que le débit est faible, mais les gens arrivent à naviguer sur internet. Aujourd’hui beaucoup de Burkinabè sont sur les réseaux sociaux, sur internet, sur des applications de messagerie comme WhatsApp et autres qui nécessitent la connectivité. on s’adapte un peu aux problèmes de connexion. Nous on a   besoin de ça pour travailler, ici on a plusieurs solutions de connexion, d’abord on a une liaison satellitaire avec un fournisseur d’accès internet puis la plupart des journalistes ont des clés de connexion autonomes qu’ils peuvent utiliser en déplacement ou en cas de besoin. On est obligé de multiplier les solutions de connexion pour s’assurer, de donner le maximum de possibilités parce que s’il n’y a pas de connexion on ne peut pas mettre le site a jour pour travailler. Pour les utilisateurs aussi c’est la même chose, il faut qu’ils puissent se connecter pour accéder nos contenus et je sais même que L’ONATEL depuis quelques années nous a approché pour nous proposer de créer une version locale du site parce que comme le site est hébergé en France les gens sont obligé d’accéder aux réseaux internationaux pour se connecter, ils disent que le matin presque tout le monde est sur le faso.net et que cela crée  l’embouteillage sur leur réseau, ils avaient proposé qu’on crée une version locale mais les problèmes techniques ont freiné cette initiative qui n’est pas totalement abandonnée, mais qui souligne en tout cas l’engouement  des citoyens pour les contenus informationnels sur le faso.net.

EST-CE QUE VOUS AVEZ CRU QUE LE FASO.NET ALLAIT ATTEINDRE UN TEL PRESTIGE ?
Dr C.P : J’espérais quand même, je sais qu’il y a un de mes confrères qui m’a interviewé lors du 2e anniversaire je lui disais que pour le moment, c’était quelque chose de gratuit mais j’avais espoir que ça puisse être une entreprise viable par la suite. Depuis les années 90 je suis un peu l’évolution des TICS et j’ai vu beaucoup d’initiatives qui ont commencé comme ça bénévolement et par la suite se sont développé pour devenir de grandes entreprises.

SELON NOS RECHERCHES VOTRE EPOUSE SERAIT VOTRE   COLLABORATRICE, DITES-NOUS COMMENT SE PASSE CETTE COLLABORATION ?
Dr C.P : Ça se passe très bien, c’est elle qui est la directrice générale de la société les éditions le Faso.net.  Je suis fonctionnaire je ne peux pas diriger une société, elle a fait des études de finances en France, elle est assez outillée pour s’occuper d’une entreprise puis ça facilite aussi les choses, en étant à l’extérieur ça permet d’avoir à l’intérieur quelqu’un à qui on a confiance qui peut s’occuper de l’intendance, de la logistique sans que vous ayez des soucis.

COMMENT FAITES VOUS POUR UN PROFESSIONNALISME DE VOS JOURNALISTES ?
Dr C.P : Il faut de la rigueur, si vous venez aux conférences de rédaction, vous allez voir que c’est à la limite si je ne les engueule pas, ils doivent trouver que je suis méchant rigoureux trop exigeant avec eux, mais c’est aussi le prix du professionnalisme.  je suis un journaliste professionnel de formation, je suis enseignant de journalisme en ligne et j’ai quand même une expérience dans le domaine des médias je suis chercheur, en principe ce que je fais en matière de journalisme en ligne, même si ça ne doit être l’idéal, il faut qu’il ait le moins de fautes possible , je suis censé donner l’exemple aux autres, ce qui fait que régulièrement je suis sévère avec les journalistes parce que je trouve qu’ils ne respectent pas les règles journalistiques malgré les conseils qu’on leur donne.  si vous regardez les outils de mesure d’audience vous verrez que le Faso.net est le site le plus visité au Burkina, même sur les réseaux sociaux comme Facebook et autres ,je crois que nous devons être en 3e position des pages Facebook les plus visités par les burkinabè ;  ça demande de la rigueur  parce que le métier  a connu  certaines mutations avec le développement de la technologie ,l’explosion des outils modernes il y a une certaine tendance à manquer de rigueur ,à croire que tout le monde peut faire du journalisme et le professionnel des médias que nous voulons être doit être encore plus professionnel pour faire la part des choses. Et avec les moyens que nous avons, nous essayons de créer des conditions de travail acceptable pour nos employés.

PENSEZ VOUS QUE LES MEDIAS CLASSIQUES SONT EN VOIX DE DISPARITION AVEC L’apparition des journaux en ligne ?
Dr C.P : Ça dépend de ce qu’on appelle médias classique, si c’est le journal papier, la télé et la radio traditionnel il y’a incontestablement une mutation dans les modes de consommation de l’information sous l’impact de l’évolution des technologies. Aujourd’hui presque tout se fait sur internet et le téléphone. Cependant il y a cette convergence qui fait que sur internet on retrouve ces médias traditionnels ; ils doivent s’adapter à l’évolution du monde pour subsister. Je ne dirai pas qu’ils vont mourir car ils sont toujours sollicités par les citoyens qui ont soifs d’information de qualité qui répond aux normes journalistiques.

  Samirah BATIONO
Djamila TOPAN

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